A la rencontre de Kashinath Chawan et de l'Inde

''Chaque matin, lorsqu'il arrive sur son lieu de travail, Kashinath Chawan commence par brûler quelques bâtons d'encens - geste d'offrande - devant l'autel dédié à Ganesh. Fabriquée par ses soins, la petite construction de bois peint en rouge est ornée d'un dessin de la divinité hindoue, généreusement enguirlandée et parée de fleurs fraîches. Chawan l'a accrochée au tronc d'un arbre, proche de sa place de travail. C'est là, sur une rue très fréquentée de la ville de Pune, près de Bombay, qu'il installe ensuite sa petite échoppe de cordonnier-cireur de chaussures, organisant son matériel d'artisan. Il brûle ensuite quelques bâtons d'encens qu'il dédie à ses outils d'artisan. La journée peut commencer.

Chawan est cireur de chaussures depuis l'âge de quinze ans, dans ce même quartier, sur cette même rue. L'homme raconte qu'il quitte quotidiennement le bidonville où il habite avec sa famille, situé à une heure du centre-ville, et se rend à son poste par tous les temps, pour rapporter chaque soir, entre cent et deux cents roupies. A l'heure calme de l'après-midi, quand les clients se font rares, il profite de consacrer une heure de liberté à ses dessins où il représente principalement, au simple stylo à bille, des divinités hindoues, surtout Ganesh et Shiva, mais aussi des personnages des deux célèbres épopées indiennes, le Mahabharata et le Ramayana, ainsi que parfois des figures politiques ou quelque star du cinéma de Bollywood. Il travaille aussi chaque soir, dans la nuit silencieuse, « alors que tout le monde dort et que des chiens aboient, au loin ». Chawan murmure : « j'ai l'impression d'être plus libre corporellement, et mon esprit s'éloigne ».''

Texte de Lucienne Peiry

Les dessins de Kashinath Chawan ainsi que quelques portraits que j'ai réalisés de lui ont été présentés à la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, lors de ''l’L’Art Brut dans le monde'', en 2014.